Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
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samedi 10 janvier 2015 Livres
Ce n’est pas toi que j’attendais
Fabien Toulmé
Editions Delcourt



Je suis tombée sur cette bande-dessinée par hasard, chez mon libraire et je n’ai pas été déçue. Elle raconte l’histoire vraie d’un père qui apprend à la naissance de son deuxième enfant, une petite fille prénommée Julia, qu’elle est atteinte de trisomie 21. Côté graphisme, les amateurs de beaux dessins et de couleur seront peut-être déçus ; ce n’est pas ce qui m’a attirée en priorité lorsque je l’ai feuilletée. C’est peut-être le titre qui m’a le plus touchée : « Ce n’est pas toi que j’attendais » et sa suite, sur la deuxième de couverture : « Mais je suis quand même content que tu sois venue. »
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Le lecteur suit pas à pas le chemin de cet homme, qui passe de la révolte à l’acceptation puis à l’amour de son enfant. Il raconte aussi le parcours du combattant des parents confrontés au handicap, le regard des autres, le labyrinthe des hôpitaux, les spécialistes en tout genre…Il s’émerveille devant la simplicité de la grande sœur qui n’a vu en ce bébé qu’un petit être à protéger, mais il n’élude pas la question du vieillissement des parents et de l’avenir des enfants trisomiques dans notre société.
Le plus intéressant, c’est que l’auteur n’hésite pas à décrire tous les stades par lesquels il est passé, y compris ceux pour lesquels il éprouve de la honte : par exemple, son désir que la petite fille ne survive pas à la grave opération du cœur qu’elle doit subir. Il permet ainsi au lecteur de comprendre son cheminement et de s’y associer. Il ne cherche pas à embellir ses émotions et montre ainsi que son histoire d’amour avec sa fille est un long chemin, semé de doutes et de souffrances, et non pas un conte de fée. Par cela, il est bien plus crédible, et du coup rassurant pour ceux qui se retrouveraient dans la même situation.
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Pour vivre cet apprivoisement, il était important qu’il ne refuse pas toutes les émotions négatives éprouvées. Il ne servirait à rien de les nier, bien au contraire. Aimer quelqu’un, ce n’est pas éprouver toujours des émotions positives envers lui, c’est comprendre que l’amour est plus qu’une simple émotion, mais plutôt une acceptation de l’autre, qui ne sera jamais complètement celui dont nous rêvions…et heureusement ! Du coup, lorsque l’autre (parent, enfant, conjoint…) nous énerve, lorsque nous avons l’impression de le détester, cela ne veut pas forcément dire que nous ne l’aimons pas ; vivons cette expérience comme une invitation à faire un pas vers lui. Quand l’autre nous résiste, c’est là que nous pouvons commencer à l’aimer.
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Le prochain n’est pas celui dont je me sens proche, c’est celui dont je me rends proche.
 
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