Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
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samedi 14 novembre 2015 Films
Mon Roi
Maïwenn



Giorgio est beau et charmant, surtout charmeur ! Tony est tout de suite tombée raide dingue amoureuse. Au début, la passion est torride et partagée ; et puis, il est tellement gentil, attentionné. Il a une façon d’enchanter la vie, de mettre de l’humour et de la folie dans le quotidien…On ne s’ennuie jamais avec lui. Ses amis l’adorent, ses amies surtout, car il en a beaucoup. Il peut être grand prince et lorsqu’il fait une surprise, c’est toujours grandiose.
Le jour où il lui a dit qu’il voulait un enfant, elle a failli pleurer tellement elle était émue, elle qui rêvait de fonder une famille…

Une histoire banale somme toute, qui va peu à peu virer à la tragédie, tant Giorgio est égoïste, parfaitement adolescent dans son mode de vie, incapable d’accepter le quotidien et de ne pas être au centre du monde, un peu comme un roi dans sa cour. Lorsqu’on lui résiste, il peut être tantôt sec et froid, tantôt enjôleur et charmeur, tantôt culpabilisant : du coup, il a toujours raison, et celle qui essaie d’exister à côté de lui se demande pourquoi elle n’est pas heureuse, puisqu’il est si merveilleux. En réalité, il a un comportement profondément manipulateur et totalement dépourvu d’empathie : seul compte l’intérêt et la fascination qu’il suscite autour de lui. Il est capable d’une colère froide lorsqu’on lui fait de l’ombre, ou même de violence quand il ne contrôle plus la situation. Je pense en particulier à une scène assez significative : Tony, qui est avocate, obtient de plaider une affaire très importante ; lorsque Giorgio l’apprend, il ne manifeste aucune joie pour elle, au contraire, on le sent profondément jaloux de ce succès.

L’héroïne met du temps à en prendre conscience, et même lorsqu’elle le fait, elle ne parvient pas à rompre totalement, à la fois parce qu’elle n’arrive pas à faire le deuil d’une famille unie, mais surtout parce qu’elle est presque dans une forme d’addiction à cet homme : après avoir entamé une procédure de divorce, ils continuent à se voir, à connaitre des nuits passionnées, qui alternent avec des querelles violentes, jusqu’à ce qu’un accident de ski et une longue rééducation permette à Tony de réfléchir à sa vie et à l’emprise à laquelle elle est soumise.

L’histoire de Giorgio et Tony n’est pas une histoire d’amour qui se termine mal ; c’est une histoire où il n’y a pas eu vraiment d’amour : de la passion oui, de l’émotion certainement, des rêves fous et exubérants plus encore…mais peut on parler d’amour quand l’un des partenaires ne respecte pas l’autre et le manipule ? Quand il n’y a aucune possibilité d’être soi et que l’autre ne se réjouit pas de votre bonheur ? Quand aimer signifie faire de l’autre sa chose ? Quand l’engagement n’est pas réciproque ? Quand il n’y a ni échange ni partage, mais seulement l’un qui séduit et l’autre qui se laisse séduire ?
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Bref, un film qui fait longuement réfléchir ; bien sûr, on peut le voir comme la description d’une relation amoureuse avec un pervers narcissique, ainsi qu’il a été présenté dans la presse. Mais il peut aussi interroger sur ce que nous mettons parfois derrière le mot « amour »…

https://youtu.be/gXhTQX8x-iM



 
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