Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
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vendredi 11 décembre 2015 Films
Loin de la foule déchaînée
Thomas Vinterberg (d'après le roman de Thomas Hardy)
Le film est sorti en salle en juin 2015 et en DVD en octobre 2015

Voilà une magnifique histoire qui donne beaucoup à réfléchir sur l’amour et la passion ; elle peut servir à éclairer le film dont je vous ai parlé précédemment, Mon roi de Maïwenn. Comment concilier amour et liberté ? Que perd-on quand on aime ? Faut-il renoncer à être soi pour vivre une belle histoire d’amour ? Telles sont les questions qui sont posées à l’héroïne...et au spectateur

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Jeune femme d’une grande beauté mais au caractère impétueux, Batsheba Everdene hérite à vingt ans d’un beau domaine, qu’elle dirige seule. Elle le fait avec intelligence et enthousiasme, dans un milieu peu favorable aux femmes. Elle clame haut et fort qu’elle tient à son indépendance et ne souhaite pas forcément se lier et encore moins se soumettre à quelqu’un, mais comme elle est belle et riche, les occasions de se marier ne manquent pas…
Le sort va mettre sur son chemin trois hommes qui vont lui proposer trois formes d’amour différentes :
Le premier est un séducteur invétéré, le sergent Troy, qui l’amuse et la fascine. Il dégage une sensualité certaine, fait fi des convenances en avouant de façon très claire son admiration et surtout son désir. Pour le spectateur, il apparait clairement comme un chasseur sans grand scrupule, qui cherche une proie à consommer. Mais, pendant quelques semaines, Batsheba, si libre et si fière, va être fascinée par cette fièvre sensuelle, saisie par une passion qui la rend sourde à toutes les mises en garde.

Le second est un riche propriétaire terrien, voisin de la jeune femme : il tombe éperdument amoureux d’elle, lui qui se tenait loin de toute aventure féminine. Mais son amour a un côté presque inquiétant tant il est passionné et possessif : Batsheba est complètement idéalisée, un peu comme une statue à qui il rend un culte. Il ne rêve que d’une chose, la mettre dans une prison dorée, l’avoir toute à lui, sans même se demander si une vie d’oisiveté et de luxe est ce qui convient à cette jeune femme si vivante. Peu importe qui elle est réellement, pourvu qu’elle soit à lui

Le troisième est un berger qui a connu des revers de fortune : épris depuis toujours de cette jeune femme, il est en même temps profondément honnête, envers lui comme envers les autres. La flatterie et la complaisance lui sont totalement étrangères, aussi n’hésite-t-il pas à faire des reproches à Batsheba quand elle les mérite, car la jeune femme est loin d’être sans défauts : elle est coquette, parfois autoritaire et surtout orgueilleuse. Son amour pour elle ne le conduit pas à l’aveuglement ou à l’idéalisation, pas plus qu’il ne le conduit à renoncer à sa propre dignité. S’il y en lui un désir profond (qui aurait parfois besoin d’être plus explicite, du moins pour que Batsheba ouvre les yeux !), ce n’est pas un désir de possession mais de communion.
Je vous laisse découvrir comment cette jeune femme parviendra à trouver le bonheur…

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Pour compléter cet article, je vous laisse une réflexion de Thomas Vinterberg, le metteur en scène de ce film magnifique


« C'est l'histoire d'une femme moderne : Batsheba lutte pour maintenir son indépendance tout en essayant de s'abandonner à un homme. Ce conflit permanent entre émancipation et désir de dévotion, c'est quelque chose que je vois beaucoup chez les femmes d'aujourd'hui. La dévotion est une vertu que j'admire beaucoup et qui est d'autant plus difficile qu'elle est souvent confondue avec la faiblesse. »


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Et pour ceux qui n’auraient pas le temps de lire le livre, ce petit passage qui en dit beaucoup plus long que de nombreux articles sur l’amour…
« Cette bonne camaraderie, qui résulte de la poursuite d’un but commun, est malheureusement peu fréquente à côté de l’amour : homme et femme veulent bien s’associer dans le plaisir, mais non pas dans la peine. Cependant, quand des circonstances fortuites permettent son développement, ce double sentiment est le seul amour qui soit aussi fort que la mort, l’amour que rien ne peut ébranler ou amoindrir, à côté duquel toute autre passion de ce nom n’est que vaine fumée. » (p 460, éditions Archipoche).

https://youtu.be/R9bmKlp5t7A


 
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