Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
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mercredi 30 décembre 2020 Livres
Développement(im)personnel…le succès d’une imposture
Julia de Funès
Editions de l’observatoire


En ce début d’année, où l’on est souvent tenté par les bonnes résolutions, tout en décidant de se prendre en main, je vous propose un petit livre critique sur le développement personnel…

Julia de Funès a le vent en poupe en ce moment : cette jeune femme, qui cumule plusieurs compétences, comme la philosophie ou le management des ressources humaines, apparait souvent sur les plateaux télé ou dans des formations auprès d’élèves d’école de commerce.

Dans ce petit livre dense, elle se livre à une critique féroce de la mode du développement personnel. Avec un sens de l’humour indéniable et le goût des formules bien affutées, elle s’en prend à ces marchands de rêve, qui promettent, au choix, la recette facile du bonheur ou la sérénité en trois étapes.
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Dans un premier temps, Julia de Funès observe une évolution lente et profonde de la société humaine, qui a conduit l’individu à se centrer sur lui-même : « Nous assistons à une montée en puissance de l’idéal du « moi », au point que rien ne semble désormais compter davantage que l’épanouissement pour justifier l’existence » (p17). Oui, c’est un constat que je fais bien souvent dans mes accompagnements : la difficulté à se référer à un idéal extérieur et transcendant (qu’il soit religieux, moral, artistique…). Cette attitude conduit les individus à orienter leur vie et leurs choix vers eux-mêmes. La conséquence de ce narcissisme collectif est une dépression latente de beaucoup de nos contemporains, impuissants à trouver en eux-mêmes un moteur pour avancer dans l’existence. J’ajouterais d’ailleurs que proposer aux personnes de se centrer sur elles-mêmes, c’est leur donner le plus sûr moyen de se sentir malheureuses !

C’est dans ce climat que les coach et accompagnateurs divers et variés vont prospérer en proposant des recettes toutes faites et des conseils avisés. Notre auteur reproche aux coach l’insuffisance de leur formation, car cette profession n’est absolument pas réglementée : il existe une centaine d’école de coaching et tout le monde peut suivre ou animer des cours dans cette matière. Certains mélangent des conseils de bon sens dignes de la méthode Coué avec des concepts plus fumeux, voire ésotériques. Ainsi, si vous vous intéressez à Don Miguel Ruiz, auteur des fameux accords Toltèques, vous constaterez que l’on n’est pas loin des croyances les plus irrationnelles.
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Elle constate aussi une forme d’imposture de la part de ceux qui choisissent de devenir coach. Il s’agit la plupart du temps d’une reconversion professionnelle, issue d’une frustration : « Je ne suis pas heureux dans mon travail, et si je devenais coach ? » pourrait-on simplifier. Si l’on n’a pas trouvé de sens à sa vie et qu’on a le sentiment de sa propre inutilité, n’est-il pas un peu présomptueux de donner des conseils aux autres ?

Enfin, le problème de ces coachs en tout genre, qui prospèrent sur le net ou en librairie, c’est qu’ils proposent des recettes toutes faites et passe partout, ce qui est tout de même paradoxal puisque le coaching est sensé vous aider à être vous-même, c’est-à-dire un être unique et ne ressemblant à personne. « En quoi serait-ce authentique de suivre une méthode applicable à tous ? Etre authentique, c’est suivre son propre chemin. Comment l’être si l’on vous dit quel chemin prendre ? » (P 87).

La troisième partie de son ouvrage s’aventure sur le terrain de la réflexion intellectuelle et propose, en particulier, de s’appuyer sur les grands philosophes pour démasquer les imposteurs et trouver un chemin de bonheur. Je dois l'avouer, je n'ai pas été complètement convaincue par cette démarche. Elle est bien sûr intéressante, voire séduisante mais elle n’est pas forcément à la portée de tous. Les philosophes, il faut quand même le reconnaître, ont parfois un discours qui manque de simplicité; se plonger dans leurs ouvrages demande une solide formation intellectuelle !
C’est pourquoi, ce livre m’a laissée un peu sur ma faim : très percutant sur la dénonciation des abus en tout genre dans le développement personnel, il peine à donner des orientations concrètes et accessibles à tous ceux qui cherchent un sens à leur vie.

Alors, comment faire lorsqu’on décide de changer sa vie et qu’on désire trouver le chemin de la paix et de la joie intérieure? Il existe bien sûr une troisième voie, qui permet d'échapper aux marchands de bonheur en tout genre.
Si Julia de Funès avait connu la logothérapie, elle aurait eu un discours un peu plus nuancé sur le coaching et l'accompagnement…et c’est ce que je vais m’efforcer de vous démontrer dans ma prochaine chronique ! Un peu de patience donc…


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