Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
Les réponses à vos questions

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Enfance Education
Je me mets souvent en colère contre mes enfants et je culpabilise. Je voudrais pouvoir les éduquer sans élever la voix et je n’y arrive pas. Je pense que beaucoup de parents vous remercieront d’avoir posé cette question...

Partons d’abord d’une constatation qui devrait vous rassurer : la colère, en tant que telle, n'est ni bonne ni mauvaise: elle EST. C'est une émotion qui jaillit en nous et dont nous ne sommes pas responsables …ni coupables. Nous sommes responsables de ce que nous en faisons: allons-nous exploser avec violence, crier, taper ou bien pouvons-nous agir autrement... telle est la vraie question.
On pourrait dire que la colère a un rôle de "lanceur d'alerte": elle indique que quelque chose ne va pas ou, plus clairement, qu'un besoin essentiel pour nous n'est pas comblé. Besoin physiologique: dormir, manger...Besoin psychologique: être écouté, respecté...Besoin plus général: justice, égalité...
A la limite, j'aurais tendance à m'inquiéter pour quelqu'un qui n'éprouverait jamais de colère car cela voudrait dire que tous ses besoins et ceux de ses proches sont comblés (ce qui est rare avouons-le!) ou alors qu'il ne connait aucun de ses besoins et qu'il subit sa vie: il ne serait pas vraiment vivant!


C'est pourquoi, il est intéressant, quand on sent la colère monter, de s'arrêter tant que c'est possible, et de se dire "Qu'est-ce qui ne va pas ? Quel besoin important en moi n'est pas satisfait ?" Au lieu de se dire: "Ce n'est pas bien de se mettre en colère, je suis une mauvaise mère, une mauvaise femme pour mon conjoint etc." On est déjà suffisamment mal quand on est en colère, alors si en plus on culpabilise!
Peut-être ce besoin ne pourra pas tout de suite être satisfait. Par exemple si on est en pleine réunion de travail, à 11h30, et qu'on a faim, il faudra attendre avant de manger un morceau ! Mais au moins, on a identifié son malaise et on ne va pas s’énerver injustement contre une collègue qui n'y est pour rien. Dans ce cas, on peut essayer de faire quelques exercices de respiration pour calmer son émotion interne et on se dit "Courage ma vieille, je sais que tu as faim, mais il faut être un peu patiente." Là, vous redevenez acteur de votre propre vie, ce n'est plus la colère qui vous guide, elle reprend sa place. L'humour et la distanciation sont de bons outils.

Lorsque vous sentez que votre colère monte et que vous avez peur de ne plus la maitriser, n'hésitez pas à bouger, à changer de pièce pour vous calmer et la laisser monter sans spectateurs (on peut aussi boire un grand verre d'eau, faire trois le tour du pâté de maison,...à vous de trouver la solution). Une de mes clientes m’a dit l’autre jour : « Tiens, moi, dans ces cas là, je me boirais bien un Mojito ». Donc, si un Mojito vous fait du bien, n’hésitez pas ! Avec modération bien sûr…
Quand le calme sera revenu, vous pourrez essayer d'analyser ce qui s'est passé.
Vous pourriez voir si vous pouvez améliorer des choses dans votre vie quotidienne qui réduirait vos occasions de stress, donc de colère. Posez-vous des questions toutes simples: "Est-ce que certaines de mes activités ne pourraient pas être allégées ou déléguées?" "Est ce que si je ne repasse pas les vêtements de mes enfants, il y a danger de mort?" "Quelle pression est-ce que je me mets pour que tout soit parfait ?" "Est-ce que avant d'attaquer les devoirs du soir, je n'aurais pas intérêt à prendre un bon goûter ?" " Est-ce que je dors assez ? "...

Et si la colère est la plus forte, et qu'on explose, il n'est jamais trop tard pour en reparler avec ses enfants en leur disant "Maman est fatiguée, elle a senti la colère monter et elle n'est pas arrivé à la maitriser. Je vous demande pardon de m'être énervée, mais cela ne veut pas dire que vous pouvez tout vous permettre et vous allez aussi me demander pardon de ne pas avoir écouté mes demandes et mes recommandations". La façon dont vous gérez vos colères (ou pas!) est extrêmement précieuse pour vos enfants. Vous leur montrez ainsi que ce n'est pas toujours facile mais qu'on peut arriver à s'améliorer; cela peut aussi leur apprendre l'empathie, c'est à dire les tourner vers les autres, eux qui se sentent le centre de l'univers!

Une dernière précision : si les colères reviennent très souvent, et pour des détails sans importance, si vous sentez que la situation vous échappe et que vous avez peur d’être violente envers vos enfants, n’hésitez pas à vous faire aider. Parfois, quand on a une colère profonde, qui se déclenche de plus en plus souvent, cela peut vouloir dire qu’il y a une blessure ancienne qu’on croyait guérie et qui se réveille ; cela mérite de s’y attarder un peu pour en comprendre le mécanisme
C’est là qu’est votre responsabilité. Il peut arriver à n’importe qui de « péter un câble »comme on le dit vulgairement, mais parfois cela a des conséquences dramatiques, alors autant intervenir avant que la situation n’échappe à votre contrôle.

PS: Dans un prochain article, je parlerai des colères des enfants. Comment réagir et les aider à ne pas se laisser emporter.
 
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