Maux par mots – Marie-Sophie Peytou
Les réponses à vos questions

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Travail personnel
Je vis très mal ce nouveau confinement, je suis très souvent en colère, et ces moments alternent avec un profond découragement. Pourtant, je ne suis pas impactée économiquement. C’est juste que je ne supporte plus cette situation. Comment expliquer cet état intérieur et comment en sortir ? Comme je suis contente que vous ayez pu poser cette question : elle correspond en effet à celle de nombreux de mes clients et même de personnes avec lesquelles je discute chaque jour dans le cadre amical (en visio, rassurez-vous !). Je ne suis pas la seule à l’avoir remarqué d’ailleurs, puisque même Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, le constate : « La crise sanitaire du Covid-19 a révélé la fragilité psychique de nombreux Français. On observe ainsi une augmentation importante des états dépressifs. Le nombre de personnes concernées a en effet doublé entre fin septembre et début novembre” (Le Parisien, 17 novembre 2020).
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Pour comprendre ce qui vous arrive, il faut d’abord constater que nous ne vivons pas une situation normale, humainement parlant. Il n’est donc pas étonnant que vous vous sentiez déstabilisée. Je dirais même que la colère est le signe que vous êtes…en vie ! Cela vaut peut-être mieux que la tristesse ou la dépression, bien que cet énervement puisse aggraver les relations avec vos proches.

Certains psychologues ont mis en parallèle la situation actuelle avec le tableau de coercition de Biderman ; ce sociologue américain a établi une série de critères pour pouvoir affirmer que l’on se trouve dans une situation de torture psychologique (liste reprise par Amnesty International dans de nombreux rapports). Je ne vais pas vous donner la liste, mais seulement quelques exemples qui me paraissent très éclairants :
1 Mettre à l’isolement, ce qui prive la personne de ses soutiens sociaux et développe un souci excessif de soi.
2 Monopoliser la perception, en focalisant sur des informations négatives, répétées en boucle (nombre de morts, de malades…).
3 Menacer et culpabiliser, par le discours et les actes : par exemple une personne qui est sortie acheter son pain en oubliant son attestation risque une amende de 135 euros pour non-respect du confinement. Certains slogans ou clips sont aussi très culpabilisants : "Ne pas respecter les gestes barrières, c’est prendre des risques, pour soi et pour ses proches."
4 Se montrer indulgent à l’occasion, ce qui fait supporter d’autres privations : par exemple l’autorisation des fêtes de Noël qui permettra de patienter tout le mois de décembre.
5 Imposer des mesures absurdes qui donnent l’impression d’un arbitraire total : pourquoi les collants sont-ils interdits à la vente en grande surface mais pas le mascara ou le fond de teint ?

Bien entendu, le but de cet article n’est pas de vous inciter à encore plus de colère ou de révolte. Il est avant tout de vous rassurer sur votre état mental : vous n’avez pas à vous sentir coupable d’aller mal et de ne pas supporter cette période. Au contraire, c’est le signe de votre bonne santé, que vous ne vous adaptiez pas à la situation.
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Cependant, accueillir ses émotions négatives ne signifie pas qu’il faille s’y complaire et les ressasser à longueur de journée, car elles risquent de devenir envahissantes. C’est pourquoi, je voudrais essayer de vous donner quelques outils pour transformer votre colère en énergie créatrice !

Ma première suggestion serait de cesser de regarder le journal télévisé ; si vous tenez à être informée de façon régulière, vous pouvez privilégier les journaux ou la radio, qui ont moins d’impact émotionnel. Vous pouvez aussi essayer de diversifier vos sources d’informations, pour pouvoir garder un esprit critique. Et je vous suggère aussi de chercher des informations positives qui existent aussi en ce moment, en dehors du sujet "covid".

Ensuite, je vous propose de maintenir et même de développer le plus possible des relations sociales, en prenant des nouvelles de vos proches, en parlant aux commerçants auprès desquels vous faites des courses. En plus, si vous privilégiez les petits commerces (par le click and collect), vous vous sentirez solidaire de ceux qui souffrent particulièrement de cette crise. D’autre part, pourquoi ne pas proposer vos services à des voisins âgés ou diverses associations d’entraide ? Les actions bénévoles au service des plus démunis ne sont pas interdites et cela vous donnera l’occasion de vous sentir utile (une bonne façon de lutter contre le sentiment d’absurdité !).

Vous pouvez aussi vous fixer des objectifs et un programme de journée régulier, pour éviter de vous retrouver le soir en ayant l’impression que votre journée était vide. De ce point de vue, si vous vivez seule, n’hésitez pas à vous habiller, au lieu de télétravailler en pyjama, et à vous faire la cuisine (si vous ne savez pas cuisiner, cela peut être l’occasion d’apprendre).

Enfin, n’hésitez pas à vous accorder chaque jour un moment de bonheur qui vous fasse oublier la situation présente : une sortie au parc à côté de chez vous, un film détendant, une partie de jeu de société en ligne avec des amis…Autant de moments qui peuvent vous rappeler le vrai goût de la vie et vous aider à repérer les valeurs essentielles, celles qui comptent pour vous et donnent sens à votre existence.
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Bien sûr, ce sont des conseils de bon sens que je vous donne, mais ils peuvent très réellement vous aider à aller mieux, en accueillant votre colère et en essayant de lui donner une orientation positive : à l’issue de ce confinement, j’espère que vous vous sentirez plus vivante que jamais. N’oubliez pas aussi que les entretiens auprès d’un professionnel de la relation d’aide sont toujours autorisés. Ce pourrait être l’occasion de parler à une personne « réelle » et de briser votre isolement.


 
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